La dyslexie est un trouble spécifique des apprentissages qui affecte notamment la lecture, l’écriture et parfois l’orthographe.
Elle touche un grand nombre d’enfants et également des adultes. Ce trouble n’est pas un « problème de vue » au sens traditionnel, mais plutôt un dysfonctionnement du traitement du langage par le cerveau. Dans ce contexte, des dispositifs comme les lunettes pour dyslexiques ont été proposés ces dernières années pour aider certaines personnes à lire plus facilement.
Cet article explique en détail ce que sont ces lunettes, comment elles sont censées fonctionner, ce que la science dit à leur sujet, leurs limites, et quelle approche reste réellement recommandée pour accompagner les personnes dyslexiques.
Qu’est-ce que la dyslexie ?
La dyslexie est classée parmi les troubles neurodéveloppementaux. Elle se traduit par des difficultés persistantes dans l’apprentissage de la lecture et des compétences associées, telles que le décodage des lettres, la fluidité de lecture ou la compréhension de textes complexes.
Contrairement à une simple difficulté de lecture, la dyslexie n’est pas causée par une déficience visuelle ou un manque d’intelligence. Elle implique plutôt des différences dans la façon dont le cerveau traite le langage écrit et parlé. Cela explique pourquoi les interventions efficaces reposent traditionnellement sur l’orthophonie et des méthodes pédagogiques spécifiques plutôt que sur des traitements optiques.
La dyslexie peut conduire à des inversions de lettres, une lenteur de lecture, un effort accru pour suivre un texte et une fatigue importante lors de tâches de lecture prolongées. Elle doit être diagnostiquée par un professionnel qualifié (orthophoniste, neuropsychologue, spécialiste des troubles du langage), qui pourra ensuite proposer un plan de prise en charge adapté.
Que sont les lunettes pour dyslexiques ?
Dans les années récentes, plusieurs technologies ont été commercialisées en tant que « lunettes pour dyslexiques ». Parmi elles, on trouve des modèles comme les Lexilens, proposés par certains opticiens.
Ces lunettes se présentent comme un outil d’aide à la lecture, avec des verres parfois équipés de filtres ou de dispositifs électroniques intégrés. Certains fabricants avancent que ces verres pourraient corriger des phénomènes perceptuels, comme une supposée difficulté à distinguer certaines lettres apparemment similaires ou des images miroirs.
Le principe invoqué est souvent que les filtres ou l’électronique des lunettes modifieraient la perception des lettres pour la rendre plus stable ou moins confuse, contribuant ainsi à réduire l’effort de lecture.
Sur certains modèles, l’appareil comporte un système électronique actif censé améliorer la lecture en ajustant la perception visuelle. Ces lunettes peuvent être portées comme des lunettes classiques et dans certains cas inclure une correction optique habituelle, par exemple pour la myopie ou l’hypermétropie.

Comment fonctionnent ces lunettes ?
Selon les fabricants des lunettes pour dyslexiques, le fonctionnement repose sur la modulation de l’image perçue par l’œil. Dans le cas des verres électroniques “intelligents”, on trouve des composants qui ajustent la façon dont l’image arrive au cerveau, en filtrant certains signaux ou « images miroirs ». L’objectif annoncé est de faciliter la différenciation des lettres et des mots lors de la lecture.
Par exemple, certaines technologies visent à réduire la quantité d’effets de symétrie ou de confusion visuelle auxquelles seraient sujets certains lecteurs dyslexiques. D’autres approches utilisent des filtres colorés ou des overlays (surcouches colorées), qui sont parfois proposés en lunettes ou en accessoires à poser sur le texte. L’idée est que ces couleurs réduiraient la fatigue visuelle ou les distorsions perceptuelles pour certains individus.
Il est important de noter que ces mécanismes ne ciblent pas directement les causes profondes de la dyslexie, qui sont liées à des processus cognitifs et linguistiques, mais plutôt à des symptômes visuels associés chez certaines personnes.
Efficacité scientifique : que dit la recherche
La question de l’efficacité des lunettes pour dyslexiques fait l’objet de débats et de controverses. À ce jour, il n’existe pas de preuve scientifique solide, validée par des études rigoureuses, montrant que ces lunettes corrigent ou guérissent la dyslexie.
Des revues systématiques de plusieurs études ont conclu qu’il n’y a pas de preuve fiable pour recommander l’usage de filtres colorés ou de lunettes pour améliorer les difficultés de lecture liées à la dyslexie. Certaines recherches montrent des effets modestes ou anecdotiques sur des aspects spécifiques de la lecture, comme la réduction de fatigue visuelle ou une amélioration temporaire de la fluidité pour quelques individus, mais ces résultats ne sont pas suffisamment robustes pour en faire une solution générale.
Les grandes organisations scientifiques en ophtalmologie et en éducation, notamment en Australie et en Nouvelle-Zélande, ont déclaré qu’il n’existe pas de preuve solide que des lunettes à filtres colorés ou des verres spécifiques améliorent durablement les performances éducatives des personnes dyslexiques.
Il faut distinguer ces dispositifs des traitements orthophoniques. L’orthophonie reste l’approche la plus validée scientifiquement pour accompagner les personnes dyslexiques, en se concentrant sur les compétences linguistiques, phonologiques et de lecture.
Pourquoi cette controverse ?
La dyslexie est un trouble cognitif complexe, dont les causes sont principalement neurologiques et linguistiques. Elle implique des difficultés dans le traitement phonologique du langage écrit, et non une déficience visuelle classique. Cela explique pourquoi la mise en place de lunettes ne traite pas l’origine du trouble lui-même.
Beaucoup de dispositifs proposés sur le marché, y compris certains modèles de lunettes, sont basés sur des hypothèses alternatives ou des observations anecdotiques plutôt que sur des recherches scientifiques solides. Cela a conduit à une controverse importante parmi les professionnels de la vision et les spécialistes des troubles du langage.
Quand ces lunettes peuvent-elles aider ?
Même si les lunettes pour dyslexiques ne sont pas une solution validée pour traiter la dyslexie elle-même, certaines personnes peuvent trouver un soulagement subjectif ou une amélioration de leur confort lors de la lecture. Chez des individus présentant ce que l’on appelle parfois du stress visuel ou du syndrome d’Irlen, les filtres colorés peuvent parfois réduire la fatigue ou rendre la lecture moins pénible.
Ceci reste très individuel et ne garantit pas une amélioration des compétences de lecture à long terme. Une évaluation visuelle approfondie par un spécialiste est recommandée avant d’investir dans des produits coûteux.
Coût et prise en charge
Les lunettes dites pour dyslexiques, lorsqu’elles sont proposées sur le marché, ne sont généralement pas prises en charge par la Sécurité sociale ni par les mutuelles, car elles ne sont pas reconnues comme un traitement médical standard. Les prix peuvent être élevés, de plusieurs centaines d’euros.
Les lunettes pour dyslexiques sont des dispositifs qui cherchent à aider certaines personnes à lire plus confortablement. Elles peuvent inclure des filtres colorés ou des technologies plus avancées. Cependant, il n’existe pas aujourd’hui de preuve scientifique solide que ces lunettes corrigent la dyslexie ou améliorent les compétences de lecture sur le long terme.
La dyslexie reste un trouble d’apprentissage nécessitant une approche pédagogique et orthophonique adaptée. Si vous envisagez d’utiliser des lunettes d’aide à la lecture, il est important de le faire en complément d’un suivi professionnel, et non comme un substitut aux méthodes validées de prise en charge.
